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Le silence d'Aurore

Le Silence d'Aurore
Benoît Coppée - roman 2009

ISBN : 978-2-930438-44-3
192 pages - 14,00 EUR
format : 12x20 cm

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C’est un jour de dédicace. Des gens patientent. Une file. Une femme glisse un livre sous leurs yeux. Ils l’ouvrent à la page blanche. Leurs mains touchent le papier. Impression renouvelée de caresser ta peau. Ils n’ont jamais écrit que par toi, les écrivains.

L’amour de notre amour, tu n’en parlais à personne. Les femmes choient leurs secrets comme leurs enfants. Leurs silences restent toujours des mots d’amour. Leur amour de l’amour, les écrivains, ils le jetaient à l’encre des imprimantes et des rotatives. Incapables d’autre chose, ils devaient rapporter à tous vents les cadeaux d’exister accordés par tes mains, tes yeux.

Ils signent : « Pour Alice, ces mots écrits à l’encre de la lumière, à l’encre de la vie. » D’un trait d’encre mauve, ils tracent un semblant de paysage. Ils déposent trois étoiles. La femme remercie. Elle offre aimer leurs livres, s’y retrouver, y pleurer, y vivre. C’est à toi que ces mots s’adressaient. Ils ne furent que l’outil entre tes innombrables éclats et la lumière. Ils n’ont qu’agencé tes brillances, les écrivains. Plagié ton souffle.


A propos du livre :

Les voyages du deuil

Tom Nisse

Le Silence d’Aurore est un cri. Un long cri justifié. Qui résonne longtemps, subtile. Le dernier roman de Benoît Coppée a dû coûter à son auteur. On ne sort pas indemne de telle écriture, cela vaut pour le lecteur, mais aussi pour l’écrivain. A quel point le roman est autobiographique, à quel point il s’agit d’une fiction, on ne le saura jamais. Et c’est tant mieux ainsi. Parce que, si on se pose cette question, on obtient une tension qui parcourt tout le livre au fil du temps de lecture (ou de relecture), et qui dure après et lui procure une, justement, aura émotionnelle particulière et qui reste intacte.

Le Silence d’Aurore est le récit d’un deuil. D’emblée. « Tu es morte le douze mars à treize heures dix. » en est la première phrase. D’emblée et emblématique. L’auteur travaille avec des allusions, des fragments poétiques qui ne s’assemblent en un roman cohérent que petit à petit, suivant le cours des nombreux petits chapitres. Une histoire presque féerique se greffe sur une autre apparemment distincte déjà entamée dès cette première phrase coup de poing ; ce n’est que bien plus tard que les deux se rejoignent et complètent le lyrisme de l’ensemble. Formellement le choix des chapitres courts est très intelligent, il permet au lecteur de respirer, étourdi qu’il est par un contenu grave et très dur, ainsi que par un travail sur la langue des plus élégants.

Le narrateur est face au décès de son amante. C’est irrémédiable. C’était un amour énorme, juste.  «  Il y avait, entre tes doigts, une aube où donner. Il y avait, dans tes yeux, une fissure où recevoir. » Un amour qui aurait dû durer. Qui s’est de manière imprévisible transformé en deuil. Le narrateur ne veut pas devenir fou ou mourir de douleur. Alors il parcourt les souvenirs, relit toutes les lettres, entame une correspondance avec la mère d’Aurore, visite sa maison d’enfance, puis il se met dans sa voiture direction l’est. « Tu vois, je couds les horizons disponibles. Je me débrouille. » La route vers l’est amène d’autres rencontres. D’autres histoires. Ainsi naît une magnifique méditation sur l’amour, poétique, triste, percutante. Une méditation sur l’amour, la femme et le désir, la morale, la violence, la mort et le renouveau. Et aussi, la littérature. « Ils écrivent des livres, les écrivains, pour dire toutes les lumières de la femme. Ils n’écrivent que pour l’oracle. Ils racontent pour que l’inconnu soit reconnu. Pour que le méprisant soit rajusté. Ils glissent un à un les mots sur un fil d’amour. Ils souhaitent ce fil le plus clair possible. (…) Nés du claquement entre le poing et la joue, ils pratiquent l’éthique. »

Le Silence d’Aurore est un roman intense. Qui finit dans un manège éclatant de poésie aboutie. Bien loin de toute niaiserie sur la croyance en l’espoir, il brasse la douleur et le deuil actif en profondeur, sonde d’innombrables facettes de la rencontre et l’union des humains et, de manière implacable, redonne un peu de noblesse à l’existence humaine ; le tout dans un lyrisme des plus maîtrisés qui, dans certains passages, frôle l’excellence d’un Rilke. Un roman initiatique avec comme point de départ la mort, et que l’auteur dédie « à la vie transmise ».

Tom Nisse
Bruxelles, septembre 2009

Articles de presse

SABAM MAGAZINE 58

Nos Lettres
Août/septembre 2009